Réduire le patriotisme à l'aune du paiement des impôts, c'est dévoyer l'un pour augmenter l'autre

Publié le 19 octobre 2026 à 21:09

La bêtise insiste toujours surtout quand elle se croit géniale voire autorisée par l'onction d'un diplôme ou d'un grade, d'une fonction ou d'une élection ; inspiré d'une phrase de Camus dans "La peste" et à un niveau supérieur inspiré du film "Les tontons flingueurs" : Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît".

Le fait en trois temps : Le 2 juillet 2026 au Havre, ville du siège social de CMA-CGM que préside Rodolphe Saadé, ce dernier lors d'un discours de tonalité patriotique pour l'inauguration du Notre-Dame (un maxi porte-conteneurs) renouvelle l'engagement pris le 9 juin, devant la commission des affaires économiques de l'Assemblée, de faire passer ses navires sous pavillon français de 30 à 40 d'ici à 2028.

Jeudi 24 septembre, la direction a annoncé que le plan s'arrêterait à 33 navires, et que les sept sister-ships suivants du Notre-Dame (eux aussi baptisés de noms de monuments français) seraient immatriculés ailleurs les concurrents du groupe n'étant pas soumis à la contribution fiscale exceptionnelle attendue en 2027.                  La promesse de l'armateur avait pour contrepartie le maintien d'un avantage fiscal vieux de plus de vingt ans et elle aurait amélioré le ratio de navires immatriculés au registre français parmi les 700 exploités par la compagnie.

Bercy envisage de remettre le groupe à contribution dans le budget, comme en 2025 avant d'être abandonnée en 2026, ce qui provoque le revirement de Monsieur Saadé. C'est la que le gouvernement fait penser à la phrase culte du film évoqué.

La phrase de l'article de France-soir (1/10/26) qui fait penser à la citation de Camus est : "Le pavillon, brandi en juin comme un choix de souveraineté, devient la variable d'ajustement dès que le fisc s'approche des profits. Les marins français, eux, restent sur le quai des promesses". Et Le Havre, la Normandie, la France ont un manque à gagner fiscal complet au lieu d'un supplément même si il est relatif.

Rappelons que l'impôt sur le revenu a été instauré à titre provisoire et patriotique en 1917 pour financer l'effort de guerre ; on connaît la durabilité du provisoire... et le détournement du produit de la fiscalité pour d'autres sujets que ceux patriotiques.

Il n’y a plus en France, par écœurement, ni consentement à l'impôt (perte de confiance) ni consentement à la dépense (doute sur sa légitimité). La patrie a été bradée, surtout depuis quinze ans, la nation est vilipendée depuis des lustres (pacifisme imbécile, internationalisme de gauche et européisme compulsif). En conséquence la réaction de l'armateur se comprend plus vite que les fonctionnaires ne comprennent la courbe de Laffer* et l'analyse des données sur la fuite de millionnaires** dont ils disposent.

En 2025 environ 800 millionnaires sont partis pour installer leur résidence fiscale à l'étranger, ce qui représente près de 4 milliards d'euros de patrimoine exportés hors du pays selon le Henley Private Wealth Migration Report. 

Les fortunes quittant la France vont d'abord en l'Italie (qui attire massivement grâce à sa flat tax de 15 %), puis vers les Émirats arabes unis (Dubaï) ou vers notre meilleur ennemi national les États-Unis. Malgré cet exode de 800 résidents fortunés, le nombre total de millionnaires en France a continué d'augmenter globalement, porté par les marchés financiers et l'immobilier, avec plus de 34 000 nouveaux millionnaires recensés sur la période pour atteindre environ 2,39 millions au total

Les motifs sont connus de tous mais les gouvernements s'en moquent : l'instabilité fiscale, le niveau de prélèvements sur le travail et les holdings, ainsi qu'un climat réglementaire jugé peu incitatif pour les entrepreneurs. Il paraît que l'on a les élus que l'on mérite, je n'en suis pas sûr tous les jours ; ça fait douter de la miséricorde de Dieu et de la pertinence de la démocratie (cf W Churchill).

Les régionalistes doivent prendre en considération la problématique des ressources fiscales adaptées au supportable pour être crédibles et efficaces dans leur volonté de gestion autonome.... Gazouiller en patois ne suffira pas.

* Elle illustre l'idée que trop d'impôt tue l'impôt, démontrant qu'au-delà d'un certain seuil, une hausse des taux d'imposition réduit les recettes de l'État. C'est vérifié actuellement par la baisse de consommation de carburants provoquées par le prix qui est élevé pour une grande part à cause de la fiscalité ; que certains pays de l'UE ont réduite pour cette raison.

** Fuite parallèle à celle des jeunes ingénieurs évoquée dans un article précédent.